Un maraîcher bien de chez nous
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Courard, un nom qui sur les hauteurs de Sainte-Walburge sent bon la terre. Celle des « Côtis », que l'on travaille avec amour. Trois générations de Courard l'ont retournée, hersée, et ensemencée pour produire légumes et fleurs.

Au départ, grand-père Félix était installé rue de Rocourt, il régnait sur une superficie d'environ deux hectares, allant de la rue de Rocourt jusqu'au Boulevard des Hauteurs. La limite externe se situait à l'emplacement de la pharmacie. Il travaillait la terre avec un cheval tirant soit la charrue, la herse ou l'extirpateur. Ces cultures étaient essentiellement maraîchères ; c'est-à-dire des légumes. Pour la vente, trois fois par semaine, il descendait sur le marché aux légumes de la Place Cockerill. Il exposait, dans des paniers d'osier, cerfeuil, oseille, salades, carottes...

Le boulevard des Hauteurs en juin 2012
Le boulevard des Hauteurs en 2012

Suite à l'expropriation publique pour cause de réalisation du Boulevard des Hauteurs, il émigra rue Sainte-Walburge aux numéros 479-468-466 avec un terrain exploitable d'un hectare situé entre les rues Bontemps et Visé Voie. Atteint par la limite d'âge, c'est son fils Joseph qui reprend les rênes avant 1940. Peu à peu celui-ci abandonne la culture maraîchère pour s'orienter vers l'horticulture. Il cultive tomates, géraniums, lobelias, tagetes, dahlias, chrysanthèmes et bégonias. Il débute la vente de fleurs à repiquer, mais le travail de la terre se fait toujours avec le cheval.

Dès 1945, Joseph est aidé par son fils Félix et en 1950 il abandonne le cheval au profit d'un motoculteur, nouvelle technique oblige. En 1970 Félix reprend les affaires en compagnie de Maria, son épouse. Lui travaille surtout la terre ; elle, s'occupe de la vente des plants avec gentillesse et compétence. Cela ne l'empêche pas de donner un coup de main à son époux pour semer et planter, pincer les tomates et les chrysanthèmes.

Le chrysanthème demande beaucoup de soins et d'attention. Comme Félix et Maria en cultivaient énormément en vue de la Toussaint, il fallait régulièrement les pincer. À force de pincer les chrysanthèmes à longueur de journée, Félix ne se rendait plus compte que pendant la nuit il continuait de pincer machinalement. Aussi, le matin, Maria était couverte de bleus. Mais trêve de plaisanteries ! Il faut constater que ces travaux agraires sont durs, éreintants et répétitifs à longueur d'année. Un coup de chapeau à Félix et Maria pour leur amour du travail bien fait. Félix a pris sa pension en 1995, mais cultive toujours son jardin pour ses besoins personnels et quelques fidèles d'entre les fidèles. Signalons pour l'anecdote que grand-père Félix est décédé à l'âge de 97 ans, son fils Joseph à 92 ans et Félix junior est sur bonne « voye ».

Jean de la Marck

Paru en brochure

Ce récit a été publié au sein de la brochure Sainte-Walburge et environs au XXe siècle - Cent ans de vie quotidienne en page 13.
Couverture de la brochure Sainte-Walburge et environs au XXe siècle - Cent ans de vie quotidienne